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Savon d'Alep : le reconnaître et bien l'utiliser

Le savon d'Alep associe huile d'olive et huile de baies de laurier. Reconnaître un vrai pain, choisir son taux de laurier, l'utiliser et le conserver.

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Savon d'Alep : le reconnaître et bien l'utiliser - illustration

Le savon d’Alep est un pain dur fabriqué avec de l’huile d’olive et de l’huile de baies de laurier, cuit puis séché de longs mois selon une tradition née en Syrie. Un vrai pain se reconnaît à sa croûte dorée, à son cœur vert et à une composition de quelques lignes. Il lave visage, corps et cheveux.

Ce que contient un savon d’Alep, et rien d’autre

Trois matières premières suffisent : l’huile d’olive, l’huile de baies de laurier et la soude, l’agent qui transforme les corps gras en savon. L’eau sert au procédé. Parfum, colorant, graisse animale ou huile de remplissage n’ont aucune place dans la recette d’origine.

L’UNESCO a inscrit en 2024 « l’artisanat du savon ghar d’Alep » sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Le mot ghar désigne l’huile de laurier, metraf l’huile d’olive. La fiche de l’UNESCO décrit une récolte d’automne : les familles cueillent les baies de laurier sauvage dans les forêts voisines, les font bouillir jusqu’à ce qu’elles se fendent, puis recueillent l’huile qui remonte à la surface.

Huile de laurier ou huile essentielle ?

Dans un savon d’Alep, l’huile de laurier est une huile grasse tirée du fruit : la base européenne des ingrédients cosmétiques, CosIng, la répertorie sous le nom LAURUS NOBILIS FRUIT OIL. Sans le mot fruit, LAURUS NOBILIS OIL y désigne une huile volatile de la plante entière, classée parmi les ingrédients parfumants. Une huile essentielle obéit à d’autres règles d’emploi, plus strictes, détaillées dans nos repères sur les huiles essentielles appliquées sur la peau.

De la cuisson au séchage, une fabrication lente

La fiche de l’UNESCO détaille aussi le travail d’hiver. La soude et les deux huiles, olive et laurier, sont réunies puis cuites ensemble : c’est une saponification à chaud. La pâte est ensuite coulée sur le sol de la savonnerie, où elle refroidit en une vaste plaque.

Des artisans chaussés de grandes semelles de bois la parcourent alors pour la découper en cubes. Chaque cube reçoit à la main l’estampille de la famille qui l’a fabriqué. Les pains sont ensuite empilés en tours cylindriques ou en pyramides, pour que l’air circule entre eux, et sèchent de six à neuf mois selon la même source.

Pourquoi la croûte dore et le cœur reste vert

Pendant ces mois à l’air, la surface du pain s’oxyde. Elle passe du vert au doré, puis au brun clair avec les années. À l’intérieur, à l’abri de l’air, la pâte garde la teinte de l’huile d’olive.

Cette croûte dorée autour d’un cœur vert forme la signature visuelle du produit. Elle explique aussi pourquoi couper un pain en deux reste le test le plus parlant.

Savon d’Alep coupé en deux qui montre sa croûte dorée et son cœur vert olive

Comment reconnaître un vrai savon d’Alep

Aucun critère pris isolément ne suffit. Leur addition, elle, dresse un portrait fiable d’un vrai savon d’Alep :

  • la coupe : une fine croûte dorée ou brunie, un cœur vert olive homogène
  • la composition : courte, ouverte par les sels de l’huile d’olive
  • l’odeur : discrète, entre olive et laurier, jamais florale ni sucrée
  • la texture : un pain dur, dense, sec au toucher
  • la teinte intérieure : un vert naturel, loin du vert vif d’un colorant
  • l’estampille : utile pour identifier le fabricant, sans valeur de preuve

Lire la liste d’ingrédients sans se tromper

Le règlement européen n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques, qui range les savons de toilette parmi ces produits, impose dans son article 19 une liste d’ingrédients présentés par ordre décroissant de poids : le premier nom pèse le plus lourd. Sur un savon d’Alep, ce premier rang revient en principe à SODIUM OLIVATE, que la base CosIng de la Commission européenne définit comme les sels de sodium des acides gras de l’huile d’olive.

Le laurier vient ensuite, sous forme d’huile ou de sel d’acides gras quand il a été saponifié avec le reste. Trois signaux appellent la méfiance :

  • la mention PARFUM, absente d’une recette traditionnelle
  • un code CI suivi de chiffres, qui identifie un colorant
  • une graisse étrangère à la recette, comme SODIUM TALLOWATE, tirée du suif, ou SODIUM PALMATE, tirée de l’huile de palme

Le pourcentage de laurier imprimé sur l’emballage reste une déclaration du fabricant : l’article 19 exige l’ordre des ingrédients, jamais leur dosage.

Taux de laurier : ce qu’il change selon la peau

Sur l’emballage, le taux de laurier indique la part d’huile de baies de laurier annoncée par le fabricant. Plus il monte, plus l’odeur aromatique se marque. Les gammes suivent souvent une même répartition d’usage, qui n’a rien d’une norme :

  • les pains peu chargés, pour les peaux sèches et le visage
  • les pains intermédiaires, pour le corps
  • les pains très chargés, pour les peaux mixtes à grasses et le cuir chevelu gras

Peau sèche : moins de laurier, moins de contact

Sur une peau sèche, un pain faible en laurier, un passage bref et une eau tiède limitent les tiraillements. Un savon véritable est alcalin, alors que la surface de la peau est légèrement acide. Après le rinçage, une crème ou une huile végétale remet du gras en surface. Les gestes qui comptent pour des mains sèches valent d’ailleurs pour le reste du corps.

Peau grasse : laver plus souvent ne dégraisse pas mieux

Une peau grasse supporte un pain plus chargé en laurier, pas des lavages à répétition : matin et soir suffisent. Un savon nettoie, rien de plus. Boutons, rougeurs persistantes ou plaques appellent un avis médical, et non un autre pain.

Peau atopique ou réactive : un avis avant le pain

Pour la peau atopique, la Société française de dermatologie, dans ses conseils pratiques de Dermato-Info, oriente vers des pains surgras et des syndets, et déconseille les savons trop détergents et parfumés. Sur ce terrain, l’adoption d’un savon d’Alep se décide avec un médecin ou un pharmacien. Ailleurs, un essai sur l’avant-bras quelques jours avant le visage reste prudent, l’huile de laurier ne convenant pas à toutes les peaux.

Les repères d’une routine skincare pour peau sensible vont dans le même sens : moins d’ingrédients, moins de surprises.

Mains qui font mousser un savon vert sous un filet d’eau au-dessus d’une vasque en pierre

Se laver au savon d’Alep : visage, corps, cheveux

Le geste compte autant que le pain.

Sur le visage

Faites mousser le pain entre les paumes plutôt que de le frotter sur la joue, puis massez quelques secondes loin du contour des yeux, que le savon pique. Le rinçage à l’eau tiède se prolonge jusqu’à ne plus sentir de film, puis la serviette tamponne sans frotter.

Une crème hydratante prend le relais tant que la peau reste légèrement humide. Pour les mois chauds, les usages cosmétiques de l’aloe vera offrent une texture plus légère.

Sur le corps et les mains

Pour le corps, la mousse se répartit à la main ou au gant sur la peau mouillée, puis se rince sous une douche courte. Dans les mêmes conseils pratiques, la Société française de dermatologie recommande des douches pas trop chaudes et de durée limitée, puis un séchage en tamponnant plutôt qu’en frottant.

Sur les cheveux

Le savon d’Alep lave aussi les cheveux, à une condition : tenir compte de l’eau calcaire. Les sels de calcium et de magnésium réagissent avec le savon et forment un dépôt insoluble, qui ternit la fibre et l’alourdit. Trois gestes limitent cet effet :

  1. Faire mousser le pain dans les mains, puis poser la mousse sur les racines
  2. Rincer longtemps sous une eau tiède, tant que les mèches accrochent
  3. Terminer par une eau légèrement vinaigrée, astuce répandue chez les adeptes du savon solide

Un cuir chevelu qui gratte, rougit ou pèle se montre au médecin ou au pharmacien : changer de pain n’y répond pas.

Conserver un pain de savon d’Alep

Un pain détrempé fond vite. Rangé hors du jet de la douche, sur un porte-savon ajouré, le savon d’Alep sèche entre deux usages. Couper le cube en deux ou trois morceaux évite de ramollir tout le pain à la fois.

Les pains d’avance se rangent dans un placard sec et aéré, empilés en quinconce pour que l’air circule, à l’image des tours de séchage des savonneries. Avec le temps, la croûte fonce, ce qui reste normal.

Pains de savon d’Alep empilés en quinconce pour un long séchage dans une réserve en pierre

Côté étiquette, le règlement européen n° 1223/2009 dispense de date de durabilité minimale les produits qui se conservent plus de trente mois ; il exige alors le pictogramme du pot ouvert, accompagné d’une durée d’utilisation, sauf si la notion n’a pas de sens pour le produit. Une odeur rance ou une pâte qui suinte signale un pain à remplacer.

Savon d’Alep ou savon de Marseille : deux cousins

La tradition présente volontiers le pain d’Alep comme un ancêtre du savon marseillais. Dans leur version traditionnelle, les deux partagent des huiles végétales, une cuisson et un pain dur. Les différences :

  • le laurier, propre au pain d’Alep, alors que le savon de Marseille n’en contient pas
  • les huiles : olive pour le pain d’Alep, huiles végétales variées pour son cousin, en cubes verts ou blanc cassé
  • la coupe : le contraste entre croûte dorée et cœur vert caractérise le pain d’Alep
  • les usages : le savon de Marseille sert aussi au linge et à la maison, le pain d’Alep surtout à la toilette

Pour la peau, l’écart tient surtout au laurier et à la tolérance de chacun : deux savons véritables restent des nettoyants alcalins, à manier avec la même prudence sur une peau sèche.

Et le savon d’Alep en flacon ?

Un savon liquide repose sur une autre chimie : la potasse remplace la soude et donne des sels de potassium, solubles dans l’eau. La base CosIng répertorie ainsi un POTASSIUM LAURUS NOBILATE, sel de potassium des acides gras de l’huile de laurier. Vendu en flacon, un savon d’Alep liquide reprend donc les huiles de la tradition, mais ni sa forme ni son procédé.

Pharmacie, parapharmacie, magasin bio ou grande surface : le lieu d’achat ne renseigne pas sur la qualité d’un pain. La coupe, l’odeur et la liste d’ingrédients, elles, trompent rarement.

Prochaine étape : retourner le pain de la salle de bains, lire la première ligne de sa liste d’ingrédients et, au prochain achat, couper un cube en deux pour juger croûte et cœur.